Interview
Moi & Michael
La pop sarcastique en spectacle
Moi et Michael, c’est le projet très second degré mais très sérieux de Michael Sajous. La sortie de son nouvel EP « Bien Cordialement » s’est accompagné d’un concert très théâtral aux Trois Baudets.

« Si moi et Michael était une fête, ce serait un anniversaire raté. »
Est-ce que tu peux te présenter rapidement ?
Moi c’est moi, et Michael ! On est 2 dans ma tête. Je suis originaire de Nice. Le projet a 2 ans maintenant, mais dans la formule où l’on est actuellement, c’est à dire 3 sur scène, tout ça ça fait qu’un 1 an. Je suis musicien, compositeur, interprète, parolier, enfin c’est moi qui fait un peu tout dans Moi et Michael.

Pourquoi avoir choisi comme nom de scène « Moi & Michael » ?
A la base ça venait d’une chanson de MGMT qui s’appelle Me and Michael et c’est un groupe que j’aime beaucoup, le côté électro, ce truc très beau qu’il y a dans leur musique. Et donc à la base, je m’appelais Michael et j’ai traduit le nom en « Moi et Michael » déjà parce que d’un point de vue sonore, j’aimais bien et aussi parce que j’aime bien ce côté double.
Moi, c’est c’est la personne qui du quotidien qui galère à se lever comme pour venir à une interview ce matin, qui remet son réveil une dizaine de fois avant de se lever. Et Michael, c’est celui qui est sur scène et qui est vachement à l’aise.
Donc un peu comme un alter ego, c’est ça ?
Complètement.
Tu viens de sortir ton premier EP « Bien cordialement ». Comment est née cette idée ?
La première chanson qui a donné l’impulsion à cet EP, c’est la chanson « Va crever ». Et c’est la première fois où je me suis dit « tiens, on peut écrire comme ça ». C’est-à-dire avec du sarcasme, avec du second degré. C’est la première fois que je me suis autorisé à écrire de cette manière là. Et du coup, il est né il y a à peu près 7 ans finalement ; en tous cas, c’est l’embryon de l’EP, je savais pas à l’époque que c’était ça. Mais réellement, il est né il y a 2 ans en même temps que le projet Moi et Michael.
Quand tu dis « je savais pas qu’on pouvait écrire comme ça » tu écrivais déjà avant, mais différemment ?
J’écrivais pas du tout comme ça avant, j’écrivais de manière un peu plus classique peut être, plus sérieuse. Enfin là ce que je fais c’est quand même sérieux, je le fais en tous cas avec beaucoup de sérieux, même s’il peut y avoir du sarcasme, de l’ironie, du second degré. Mais j’avais une écriture plus gentille. Et c’est quand je me suis mis y a 7 ans sur mon piano, à la suite d’une rupture, j’ai commencé à chanter « Va crever ». Mais avec beaucoup de gentillesse. Finalement, je me dis tiens, qu’est ce que je peux mettre comme musique sur ça pour contrebalancer ? J’ai commencé à jouer un petit rythme de reggae et je me suis dit « bah oui, le reggae c’est la musique la plus cool du monde ». Finalement, chanter « va crever » avec un petit rythme de reggae, je me suis dit allez, c’est bon, on va me pardonner, c’est obligé.
« Je le fais en tous cas avec beaucoup de sérieux, même s’il peut y avoir du sarcasme, de l’ironie, du second degré. »
Tes textes sont assez osés : « Va crever » ou « Arrêtez de faire des gosses ». Qu’est-ce qui t’a poussé à écrire ça ? Il y a une volonté de choquer, de satire sociale ?
Alors une volonté de choquer, je ne sais pas, en tous cas pas de laisser indifférent. Ça, je pense que ce serait un peu ma hantise. Quand on me dit justement qu’on n’aime pas, ça ne me dérange pas. Je trouve que si on aime, si on n’aime pas, en tous cas, ça a déclenché quelque chose. Mais si on me dit « franchement c’était insipide et ça ne m’a rien inspiré du tout », ça, c’est le truc qui me dérangerait le plus peut être. Je préfère que ça déclenche quelque chose.
Après j’aime beaucoup les films d’horreur aussi. Du coup, un film d’horreur c’est un scénario assez simple où d’un coup ça part en cacahuète. Et ben mes chansons c’est un peu un peu ça aussi finalement.
« Un film d’horreur c’est un scénario assez simple où d’un coup ça part en cacahuète. Et ben mes chansons c’est un peu un peu ça aussi finalement. »
Tu écris un peu en t’inspirant de ta vie ?
Oui, mais quand même pas tout. J’ai jamais été marié, j’ai pas d’enfants, mais j’écris en observant des couples autour de moi. Des fois je m’inspire de ma vie comme dans Va crever, et encore que toute la chanson n’est pas inspirée de ma vie. Heureusement, parce que ça raconte l’histoire de quelqu’un qui tout au long de la chanson, dit qu’il va se suicider d’une certaine manière. Ca, c’est pas moi par exemple. Mais ça m’amuse de partir d’une expérience personnelle et d’exagérer le truc pour voir où ça peut aller.
« Ça m’amuse de partir d’une expérience personnelle et d’exagérer le truc pour voir où ça peut aller. »
On était à ton concert vendredi dernier, et c’est clairement pas un concert classique. Comment décrire l’expérience de ton concert à des gens qui ne sont pas venus ?
A la base, moi j’aime énormément le côté cinéma. Et du coup, avant de mettre en place ce ce live, je me suis dit qu’il faudrait toute une dimension sound design avec des voix qui me parlent, avec un peu des effets sonores qui sortent de la musique, pas juste faire une musique, on applaudit, « ah cette chanson, elle parle de ça », puis on fait une autre chanson. J’avais vraiment envie d’une trame avec un lien entre toutes les chansons. Donc c’est une pote qui a fait la voix de la narratrice, qui joue le rôle de ma psy dans le spectacle et qui me parle, moi je lui réponds. Et aussi le côté scénique avec un tout petit peu de décor. C’est-à-dire me mettre en scène et mettre en scène les chansons et que ça donne un rythme finalement à tout le spectacle.
« J’avais vraiment envie d’une trame avec un lien entre toutes les chansons. »
Est-ce que tu conseillerais ton EP aux personnes qui sortent de rupture ou qui vivent une rupture actuellement ?
On m’avait déjà posé la question « est ce qu’il y a des gens qui se sentent choqués » justement par Va crever par Pauvre Tâche ? Et en fait pas du tout. Enfin je pense que c’est plus un exutoire pour les gens d’entendre, parce qu’ils savent aussi que c’est jamais méchant. Je pense que justement les gens qui sortent de rupture, bah ils ont envie d’entendre ça, pas forcément de le penser sincèrement parce qu’il y a un moment donné où on rompt, on rompt. C’est la vie, c’est comme ça. Mais ça fait du bien de dire va crever.
Comment et quand surtout que tu as commencé la musique, est-ce que tu as commencé enfant ? Est-ce que tu as joué d’un instrument ?
Alors j’ai commencé la musique assez tard, quand j’avais 17 ans. C’est au moment de décider ce que j’allais faire après le bac, complètement au hasard, j’écoutais de la musique à ce moment là, j’écoutais Queen, David Bowie, des trucs qui me qui me chamboulaient beaucoup, mais je n’avais pas de musiciens autour de moi. Et du coup, complètement au pif, je suis tombé sur quelqu’un dans un café qui m’a dit « Tu sais que la musicologie existe ? ». Et du coup, j’ai fait ça. Il y avait la journée portes ouvertes, et je suis allé voir à la fac et je me suis lancé dans ça mais un peu au pif. Et donc c’est à partir de 17 ans que j’ai étudié la musique, l’histoire de la musique que j’ai appris le piano, la basse, à composer sur les logiciels avec l’idée quand même d’écrire des chansons un jour. J’ai appris tous les trucs pour écrire une chanson, et c’est pour ça qu’aujourd’hui j’arrive à tout faire un peu tout seul, même si j’aime collaborer avec d’autres artistes. Tout le live que vous avez vu vendredi, tout l’aspect sonore, c’est moi qui l’ai géré et composé. Et j’étais accompagné de Marie et Marjorie qui ont été vraiment fantastiques.

Comment tu présenterais ta musique à quelqu’un qui ne te connaît pas du tout ?
C’est de la pop française, avec une manière d’écrire qui m’est très personnelle, où j’essaye toujours de créer un décalage entre la musique qu’on entend et les paroles qu’on entend. Et en même temps, c’est toujours très mémorisable, un peu entêtant, autant au niveau des paroles que des mélodies. Et c’est bleu et rose c’est quelque chose qui revient pas mal dans la direction visuelle.
« J’essaye toujours de créer un décalage entre la musique qu’on entend et les paroles qu’on entend. »
On a reconnu un peu de Philippe Katerine dans ta musique au premier abord. Est-ce que c’est une influence pour toi ? Est-ce que tu as d’autres influences ?
J’adore Philippe Katerine. J’ai commencé à en écouter quand j’étais à la fac. Ce que j’aime chez lui, c’est que c’est quelqu’un qui montre à tout le monde comment toujours se sentir jeune. Il va dans ses idées, il fait ce qu’il veut. Sa musique est vachement bien en plus, parce que souvent les gens restent sur le premier abord de « Ah ah, c’est drôle » ou « Ah, c’est complètement fou ! ». Et il s’entoure toujours de super musiciens et lui, c’est un super musicien et il me fait me sentir jeune.
Tu parles pas mal sur cette idée de se sentir jeune, tu as même un titre qui s’appelle Vieux.
Alors Vieux, elle est née un peu au hasard cette chanson. Elle était pas censée être dans l’EP à la base. Il est prévu que pour courant février sorte une une interview un peu mise en scène de moi où je serai un peu grimé d’une certaine manière, et donc vieux. Et ça a été créé à ce moment-là. Je me suis dit « Ah, ce serait cool de créer un bout de chanson pour cette interview » et Vieux a été créé à ce moment-là. Après ça va, je suis pas encore trop atteint par le fait de me sentir vieux, mais mes parents m’ont fait écouter beaucoup de vieilles chansons françaises depuis que je suis tout petit. Mon frère a 8 ans de plus que moi et j’ai fréquenté ses potes qui avaient 8 ans de plus que moi. Je pense que j’ai à peu près 15 ans de plus dans ma tête.
