Interview
Pléthore
Quand l’électro rencontre l’architecture
On a échangé avec Louis Faloci, fondateur du projet musical « Pléthore », dont le 1er album « Digital Dream » est sorti le 23 janvier dernier.

Quand et comment tu as lancé Pléthore ?
En 2019 je jouais dans 2 autres groupes et j’étais juste batteur, j’écrivais pas dedans. Et puis j’ai eu envie de faire ma musique, de commencer à chanter, de m’acheter des synthés. J’ai testé des choses et j’ai rencontré le producteur Arnaud Kalmes, qui a été un peu à l’origine du projet. Je lui ai fait écouter des morceaux et on a fait un premier EP ensemble.
Pourquoi tu appelles Pléthore un « projet » et pas un « groupe » ?
Parce que en studio, c’est quand même Arnaud et moi. Et après y a pas mal de musiciens qui gravitent autour en studio, et en live on est plus en formule groupe. Mais en fait c’est un peu comme LCD Soundsystem ou Tame Impala où il y a quand même une tête pensante et on les appelle plus trop « groupe », on dit plus « collectif ».
Du coup la composition de l’équipe change selon les lives ? Ou entre le premier EP et l’album ?
Non, là c’est quand même toujours la même équipe, même s’il y a des gens qui ont qui ont un peu bougé. Mais Antonin à la guitare, Sam à la basse et Vincent aux claviers sont quand même toujours là, malgré les emplois du temps extrêmement chargés. Il y a quand même une unité forte.
Cet album, il sonne comme un voyage, il est très cinématique. Est ce que tu t’inspires de films, de séries ou même de tableaux et d’images pour composer ?
Ouais pas mal, et vu que je suis aussi architecte, il y a cette notion d’espace, de grandeur, de tension qui est assez présente dans ma musique. Après il y a des cinéastes aussi que j’adore, comme David Lynch ou Andreï Zviaguintsev. Il y a beaucoup de médiums artistiques qui sont réunis dans pléthore. C’est aussi pour ça que j’ai choisi ce terme là, parce que c’est assez fédérateur et ça permet d’englober les styles, les médiums artistiques et de ne pas se limiter à une direction.
« Il y a beaucoup de médiums artistiques qui sont réunis dans Pléthore. »
Quand tu parles d’espace, l’architecture, tout ça c’est en rapport à comment ta musique elle va sonner, comment tu la composes ou dans les textes ?
Pas forcément dans les textes, mais dans l’impression que je veux donner de ce qu’on ressent à l’écoute. C’est pas littéral, mais si tu enregistres une batterie dans une très grande pièce, t’as l’impression d’être dans un truc immense. Alors que si tu te mets dans un endroit sans réverbération, tu as une sensation un peu plus étroite, un peu plus tendue. J’aime bien maîtriser ça.
Ta musique, elle ne peut pas vraiment se ranger dans des cases, tu puises dans plein de genres différents. Quelles ont été tes influences, tes inspirations musicales pour composer cet album ?
Pour ce disque là, ce qu’on a écouté en permanence c’est LCD Sound System, Soulwax, Massive Attack, Portishead… et Radiohead, ils sont toujours là, mais c’est inimitable. LCD beaucoup, on a même acheté des synthés pour essayer de retrouver ces sons là. Je me suis retrouvé à aller un peu loin en France pour trouver un synthé de basse des années 70, pour avoir ce son parce qu’on voulait avoir cette patte, mais si t’as pas les machines, t’es un peu limité quand même.
Comment tu as écrit cet album ? Est-ce que tu voulais raconter une histoire, tu avais un message à faire passer ?
Les 7, 8 premiers morceaux, on s’est rendu compte avec le réal que tout tournait autour du monde numérique et d’une espèce de mal être dans lequel j’étais et je suis toujours, et je pense qu’on est tous, alors qu’on fonce tête baissée dedans. Et après on a commencé à faire une espèce de concept album où on s’est dit : il faut une introduction, un interlude, il faut qu’on raconte un voyage. C’est pas juste des tracks qui se succèdent un peu bêtement. C’est pour ça qu’il y a ma marraine Terry qui parle sur l’intro de l’album, qui présente tout, qui prévient le voyageur avant de plonger dans ce bordel de tout ce à quoi il peut passer à côté. Et se plonger dans un truc qui est pas vraiment tangible, palpable.
« Il faut une introduction, un interlude, il faut qu’on raconte un voyage. C’est pas juste des tracks qui se succèdent un peu bêtement. »

Tu accordes une place importante aux visuels et clips sur ta musique. Est ce que ça vient avant que tu composes, en même temps… ?
Ca dépend, il y a des moments où ça vient en même temps, on est en train d’écrire et on se dit « ah ouais, c’est marrant, faudrait que ce soit cette femme là, dans un bar qui passe la nuit à la soirée de sa vie ». Et puis 2 ans après, on se retrouve à tourner un clip avec une amie de ma mère [clip de Tainted]. Il y a toujours une continuité
Le clip de « An Angel » justement, il tourne beaucoup autour de l’espace, comment il a été réalisé ?
Tout est autoproduit de A à Z. Mais pour celui-là, je voulais travailler avec un artiste numérique. Donc j’ai contacté pas mal de gens et j’ai envoyé un mail un peu bouteille à la mer à François Vogel qui a réalisé le clip, qui est quand même quelqu’un de très important dans le monde du pixel, du glitch, de l’art numérique, de la transformation, et il ne fait pas d’IA. Il passe des heures à travailler sur les visuels.
Ce clip, c’est fait avec le décor. C’est un plateau de 1m50 avec du sable Leroy Merlin dessus ! Et après, on a filmé en 2 temps. Un temps on a filmé que du sable pendant 2 jours et après on a fait une journée en studio où on a été avec Oléma, la chanteuse qui est en feat avec moi. On a été filmé sur fond vert dans un studio, donc il fallait les mêmes angles de cam, les mêmes focales, les mêmes lumières… Tout ça avec une petite prod, une petite équipe, pas de scripte, pas de quelqu’un qui te dit non, la light elle est pas dans le bon sens… donc on devait tous penser à tout, tout le temps.
Tu as un concert à la Maroquinerie dans moins d’une semaine, comment tu as pensé cette scène pour refléter l’ambiance de l’album ?
Je ne vais pas tout dévoiler mais ça va être une ambiance assez particulière. Et là on a travaillé les lumières avec 2 ingénieurs, même artistes de la lumière. On fait vraiment des lights sur mesure, très liées au sujet du disque, au monde digital, au réel. Et vous aurez un petit goodies en rentrant dans la salle qui va changer le spectacle un peu.
Et enfin, comment tu définirais ta musique à quelqu’un qui ne te connaît pas du tout ?
Je dirais que c’est des formats pop quand même, avec cette notion de couplet, refrain… mais qui a beaucoup d’influences jazz, trip-hop, même un peu de disco parfois, mais c’est quand même une musique très mineure, très bleue, très pourpre. Ce qui est drôle, c’est que parfois ça parle de sujets un peu durs, mais avec du soleil, ou de sujets très joyeux, mais un peu plus tamisés. C’est très ambivalent comme musique.