Interview
Orlane
Allers-retours entre pop et électro
La scène belge a encore frappé avec Orlane : artiste électro-pop « sensible et intense » qui a déjà fait ses preuves dans son pays natal et s’attaque cette fois à la scène parisienne avec une jolie date à la Maroquinerie début janvier ! Danse, musique, études, allers-retours… elle nous raconte son parcours et sa vision artistique !

Tu peux nous expliquer comment tu as commencé la musique et s’il y a des artistes qui t’ont influencé enfant ou qui t’ont poussé à commencer ?
On écoutait beaucoup de musique à la maison. Mes parents sont pas dans la musique, ils en font pas leur métier, mais ils adorent ça et on en écoutait beaucoup à la maison. Ça passait par Muse, Diam’s, Renan Luce, Axelle Red… il y en avait pour tous les goûts et je pense que ça m’a donné vraiment cette curiosité à aller dans tous les genres musicaux et à kiffer ces genres là pour des raisons hyper différentes.
Et j’ai commencé à faire de la musique en faisant du piano à 8 ans. Je suis vraiment tombée amoureuse de l’instrument et là j’ai commencé à me dire que la guitare c’est cool aussi, et écrire des chansons aussi.
Mes influences et mes inspirations, ça a beaucoup été Miley Cyrus quand j’étais petite, parce que c’était vraiment mon rêve absolu d’être elle. Et puis après c’est passé par plein de profils très différents, mais beaucoup de femmes en réalité.
Est-ce que tu peux nous expliquer ton parcours d’études ?
Moi je viens de la campagne en Belgique. Donc j’ai fait toutes mes études primaires et secondaires à la campagne près de chez moi, puis je suis parti en ville faire des études de médecine. Du coup à Namur pour mon bac et puis à Bruxelles pour mon master. Et la musique m’a suivi dans toute cette aventure. Et ça a pris de plus en plus de place. Je me suis vraiment focus sur mon bac parce que les premières années, elles sont vraiment compliquées et je gardais la musique comme hobby sur le côté. C’était ma passion quoi.
Et en fait, j’ai été contacté par The Voice parce que j’avais mis une petite vidéo sur les réseaux pendant le Covid, parce que j’en avais marre d’étudier. Ils m’ont vu et ils m’ont dit « mais viens passer des auditions », et là, tout droit quoi… j’ai passé le blind et je m’y attendais pas. J’étais en master en gynécologie en grande clinique et j’ai tout prévu dans mes horaires pour aller jusqu’au bout. Je suis arrivée jusqu’en finale et là, j’ai vraiment eu un déclic de « je me sens vraiment à ma place ». La sensation que j’ai dans mon corps quand je fais de la musique ou que je suis dans le milieu musical, et quand je suis à l’hôpital est quand même pas la même, et je me sens plus épanouie là dedans.
Et donc je me suis dit, je tiens bon, je finis mon master parce que mes parents ont serré la ceinture pendant 6 ans pour me payer ces études et c’est pas évident, donc c’était sûr que j’allais finir ces études pour moi et pour eux. Et après j’ai fait mon EP en parallèle de mes 2 dernières années de master. Puis j’ai eu mon diplôme et je me suis dit « bon là c’est mon moment ». It’s my moment to shine!
Donc pendant tes études, tu écrivais le soir ? Comment tu arrivais à gérer les 2 en même temps ?
Franchement je sais pas, il y a plein de potes qui me disaient « Mais ça va pas ou quoi ? Comment tu fais ? ». Parce qu’en plus c’est important pour moi d’avoir une vie sociale, donc j’avais une vie sociale aussi. Avec du recul, maintenant que je ne fais que de la musique, je ne sais pas comment je faisais. Mais ça se défilait hyper bien et je pense que j’allais à l’hôpital la journée, y avait des trucs qui devaient me passer par la tête pendant ma journée. Quand tu as le cerveau dans des trucs très concrets, il y a ton cerveau un peu artistique qui s’active, et du coup, j’écrivais des trucs dans mes notes, ou je faisais des vocaux entre les cours ou dans les couloirs à l’hôpital. Et le soir je rentrais et j’avais mon piano dans ma coloc avec mon meilleur pote et je me posais sur mon piano et je composais, je composais, je composais. C’était vraiment ma bulle d’oxygène et ça me permettait de tenir. Ça me donnait vraiment de la force pour me lever le matin et continuer à aller jusqu’au bout.
« Quand tu as le cerveau dans des trucs très concrets, il y a ton cerveau un peu artistique qui s’active, et du coup, j’écrivais des trucs dans mes notes, ou je faisais des vocaux entre les cours ou dans les couloirs à l’hôpital. »
Dans ton nouvel album, on entend des sonorités pop et électro. Tu as des inspirations d’artistes, actuels ou pas, dans l’écriture de ton album ?
C’est un process qui a été trop chouette, j’ai fait cet album avec Dani Terreur et Alice et moi. On est vraiment le petit trio du bonheur, on ne se quitte plus. On s’est rencontrés quand on a fait Tout perdu la première fois. On a écrit la chanson en 3 heures straight et c’est la première fois qu’après une session studio, j’ai réécouté la musique genre 47 fois. Limite je faisais une insomnie, j’aimais trop. Et je me suis dit « je les lâche plus ». Ce que j’ai trop aimé, c’est que c’est la première fois que je me sentais vraiment comprise en studio à ce point. Les gens avec qui je travaillais avant, c’était exceptionnel aussi, mais là, il y a eu un truc un peu magique. Et ce que j’ai trop aimé, c’est que Dani pendant tout l’album, il m’a dit « on ne prend pas de références, on fait du Orlane. T’as ton identité, viens on cherche des sonorités qui nous plaisent et on fonce là dedans et on crée notre couleur ». Evidemment, Dani et moi, on est fous de Daft Punk, on aime trop ça, donc tout ce qui est électro, les synthés, les Moog, enfin le traitement de tout ça, ça va être imbibé de ce qu’on aime, ça c’est sûr. J’écoute énormément de meufs qui font de la pop actuellement : Miki, Iliona, Yoa… elles m’inspirent de ouf et elles poussent à faire des trucs plus chelous parce qu’elles y vont à fond et ça me fait du bien. Mais je vais pas me dire « Ah la chanson de Yoa là, j’aime bien ce truc. Je vais m’inspirer pour ça… ». Ca j’aime pas, je trouve ça dangereux. C’est trop précieux le travail que chaque meuf fait. Donc j’ai pas envie de trop m’imbiber de ça. Mais dans l’énergie ça me pousse !
« J’écoute énormément de meufs qui font de la pop actuellement : Miki, Iliona, Yoa… elles m’inspirent de ouf et elles poussent à faire des trucs plus chelous parce qu’elles y vont à fond et ça me fait du bien. »
Ouais, t’as envie que ça soit unique.
Ouais, j’ai envie que ce soit unique. Et je pense que ça se fait inconsciemment de par tout ce que je consomme. Mais je vais consommer des trucs complètement éclectiques et ça va être un mélange de tout ça qui va se faire inconsciemment je pense. Mais j’ai pas envie d’avoir de référence claire et spécifique parce que j’ai pas envie que ça s’entende.
Comment est né cet album ? Est-ce qu’il s’inspire de ta vie ? Tu as une idée de titre au début ou une mélodie qui a lancé l’album ?
En fait c’est le bordel dans ma vie. Mais du coup j’écris des chansons. C’est un beau bordel en vrai, ça fait sens. 3 ans de bordel, il y a 14 chansons, allons y !
Ca s’est fait un peu naturellement et c’est ça qui est chouette. Y a plein d’artistes qui attendent d’être à leur climax pour sortir l’album et moi je suis toujours en développement, même si c’est du développement qui avance trop bien et que je suis trop reconnaissante. Donc je me suis dit « est-ce que c’est pas trop tôt ? » et puis après je me suis dit que l’album il se consomme comme ça, j’ai pas envie de le couper en deux EP et ça s’est fait un peu tout seul. Le bébé est né malgré lui.
Et d’où vient le nom de l’album aller-retour ?
On a écrit plein de chansons et moi « I’m a Virgo », donc j’ai des carnets. Genre je fais des to do list de to do list, tu vois. Et du coup, j’avais tous mes titres dans mon carnet, je faisais des points de « De quoi ça parle ? C’est quoi le lien entre tout ça ? ». Et en fait, il y avait un titre dans la liste qui s’appelle Aller retour, qui est au milieu de l’album. J’ai fait exprès de le mettre au milieu de l’album juste avant de tourner le disque pour le « aller retour ». Donc pour ceux qui ont le vinyle, c’était réfléchi !
Et du coup, avec Alice et Moi, on était posées et on a trouvé que « Aller retour » c’était le lien entre tout ça. J’ai eu tellement de changements dans ma vie pendant 3 ans, j’ai déménagé 3 fois, j’ai fait plein d’allers retours Paris-Bruxelles pour faire cette musique et c’était compliqué. Mais ça a été beaucoup de changements. Même moi dans qui je suis, dans mon féminisme, dans ma sexualité, dans ce que j’aime, dans ce que je veux défendre, etc. Il y a eu beaucoup de mouvement, je me suis beaucoup trouvée, j’ai beaucoup cherché, j’ai avancé, j’ai reculé, j’ai fait du chemin. Et ça retrace tout ça en fait, tout simplement.
On a pu écouter ton prochain single. Tu as un message particulier que tu as voulu faire passer dans ce single là, ou ça prépare un album deluxe peut être ?
Mon prochain single Amour Pluriel, c’est un peu la première fois que je fais un titre plus explicite sur mon parcours, mon orientation ou ma quête de moi-même. Donc il y a des titres queer dans l’album, mais ils sont là parce qu’ils sont là naturellement. J’avais envie de raconter qui je suis du fait que j’aime les garçons, j’aime les filles, de comment je me suis positionnée là dedans. Et encore, j’ai pas su tout dire en un titre, c’est trop compliqué. Et puis je voulais parler de féminisme, je voulais parler des mascus, leur faire des gros fuck. J’ai trop de trucs à dire ! Et donc c’était un peu une prémices, je crache un peu ce que j’ai à raconter. J’avais envie d’avoir des couplets où je peux balancer un max de choses et avoir des refrains où on est unis là dedans et on se comprend. J’aime trop pouvoir manifester à travers la musique.
Tu fais beaucoup de vidéos aussi sur YouTube et sur les réseaux, et notamment le concept Aller-retour. Est-ce que c’est important pour toi le partage avec ta communauté et rencontrer de nouveaux artistes avec ça ?
Ouais à fond ! J’aime trop l’idée de pouvoir partager. En fait, la musique et avoir un projet, c’est tellement autocentré. Tu écris tes chansons, tu parles de ta vie, tu te filmes, tu te montres, tu te postes. Moi à un moment, j’en peux plus de voir ma tête ! Du coup, moi j’ai besoin de ça, j’ai envie que tu me racontes ta life. Même des gens avec je travaille ou des artistes que j’aime ou des potes. J’avais fait ça avec Colt, avec Alice On The Roof. J’ai des vraies questions qui m’intéressent et qui peuvent intéresser plein de gens et qu’on pose pas tout le temps. C’est trop important de partager et de sortir un peu du soi tout le temps.
« En fait, la musique et avoir un projet, c’est tellement autocentré. Tu écris tes chansons, tu parles de ta vie, tu te filmes, tu te montres, tu te postes. Moi à un moment, j’en peux plus de voir ma tête ! »

Comment tu as ressenti ton concert à La Maroquinerie ? Est-ce que tu as envie de nouer aussi avec le public parisien ?
C’était trop bien ! Ça me stressait parce que c’est Paris, je sais que c’est encore un public que je suis en train d’essayer de convaincre. Après il y avait plein de copains qui étaient là et qui m’ont soutenu, donc il y avait du monde dans la salle, ça m’a fait du bien et les gens étaient hyper bienveillants. Ça a bougé, franchement j’ai trop kiffé ma date. Mais vu qu’il y avait beaucoup de médias, j’étais obligée d’être dans la performance ce jour-là. Sauf que du coup, ça crée des trucs dans ma tête où je me regarde beaucoup et j’ai senti pendant le concert que j’étais en mode « ok, là tu dois faire ça, là faut que tu bouges, attends, peut être que tu bouges un peu bizarrement là, faut pas que j’oublie mes paroles… ».
Il s’est passé beaucoup de ça pendant le concert, ce qui fait que j’étais pas en train de juste vivre le truc, je mentalisais beaucoup. Et ça je pense que c’est hyper normal, ça vient avec le temps. Quand t’as fait ton concert 1000 fois, après tu le fais tranquille. Mais ça m’a pas empêché de kiffer !
Tu fais aussi de la danse. Est-ce que c’est important pour toi de mêler aussi les deux ? Parce que du coup, tu danses aussi sur scène. Est-ce que c’est 2 choses que tu veux essayer d’allier ?
Ouais ! J’ai fait de la danse quand j’étais petite, donc c’était un peu mon premier rapport à l’art en général et à la musique. J’ai fait de la danse de mes 4 ans jusqu’à mes 18 ans, jusqu’à ce que je parte en médecine où là, toute vie sociale et sportive est compliquée. J’avais envie de retrouver ça après mes études et j’ai eu un déclic quand j’ai fait le clip de Ralentis. Il y a un plan séquence où je danse pendant longtemps. J’ai contacté un pote qui est chorégraphe, qui s’appelle Malik, et je me suis retrouvée dans une salle de danse. Il a analysé mon corps, comment je dansais naturellement. Le process était trop intéressant et ça m’a donné trop envie d’aller de plus en plus là-dedans. Je trouve ça trop chouette de pouvoir exprimer les choses à travers son corps. Et c’est mon rêve d’avoir plein de danseur.ses sur scène.
« Je trouve ça trop chouette de pouvoir exprimer les choses à travers son corps. »

Comment tu présenterais ta musique à quelqu’un qui ne te connaît pas du tout.
J’aime bien dire que c’est de l’électro pop sensible et intense parce que il y aura toujours des sonorités électroniques dans ce que je pose, même si c’est calme, si c’est doux. Et sensible parce que j’ai une voix très soufflée, je vais beaucoup dans les graves, dans les aigus… j’aime bien jouer avec ma voix et aller dans tout ce que je peux explorer avec. Et je vais aller dans des textes qui sont de plus en plus cash. J’ai l’impression que je me cachais beaucoup derrière des métaphores avant et je me sens de mieux en mieux dans des trucs plus bruts. J’ai envie d’aller de plus en plus là-dedans. Et je dirais que c’est intense parce que j’ai l’impression que ma musique, elle a un besoin aussi de me porter, que ça aille ou pas on l’assume à fond, donc il y a un truc hyper porteur. Et la sensibilité, elle passe à part à travers mes petits moments de timidité ou de vulnérabilité. Et j’ai vraiment aucun problème à être vulnérable à travers ma musique.
