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    Interview

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    FAIRE VIVRE SA MUSIQUE SUR SCène

    Rencontre avec Baptiste du projet post punk/new wave française Différence la veille de son concert au Supersonic à l’occasion du festival Restons Sérieux. Créé en 2023, le projet a connu un gros changement de composition avant de revenir cette année avec 2 nouveaux titres “Rien n’a changé” et “Tête Bizarre”. 
    Au-delà de la musique, Différence c’est aussi un engagement : celui de faire les choses différemment, notamment dans l’industrie musicale. C’est pourquoi il a choisi de ne pas sortir ses titres sur les plateformes de streaming classiques. A la place, c’est sur scène que Baptiste s’exprime, entouré de 2 musiciens. Il nous a raconté son rapport au live et son processus créatif.

    © Léo Geoffrion

    « Je pense que Différence, c’est un projet qui avant tout se vit en live. »


    “Différence” c’est un nom qui peut se comprendre de plein de manières. Qu’est ce que ça signifie pour toi?

    C’est un peu un guide pour moi, je pense que tout le monde se sent différent de plein de manières possibles. Et moi ça a été mon cas quand j’étais plus jeune, je sentais que j’étais dans un environnement qui n’était pas toujours celui auquel j’aspirais. Et j’ai décidé de me dire que cette différence là, c’était une force. Donc c’est maintenant un guide aussi bien dans ma vie que dans ce projet musical où j’ai envie vraiment de faire les choses autrement, au sein de l’industrie musicale et au sein de notre société.

    C’est ton environnement social qui t’inspire pour écrire les textes par exemple des deux derniers titres [Tête Bizarre et Rien n’a changé] ?

    Oui, carrément. Il y a évidemment plein de choses qui m’inspirent mais j’avais envie d’avoir un univers un petit peu plus engagé et de parler de choses qui me tiennent à cœur donc plein de sujets sociétaux aussi, et notamment avec “Tête Bizarre” qui évoque un sujet de tolérance. J’avais envie d’assumer toutes nos différences et d’en faire un étendard.

    Ecrire en français, c’est pour toucher plus de public, c’est parce que c’est ta langue et que tu te sens plus proche ?

    C’est plusieurs choses combinées. Initialement, moi je suis très inspiré par les artistes anglo-saxons et j’ai écouté beaucoup de groupes anglais, américains et australiens quand j’étais plus jeune. Mes premiers projets musicaux, je les faisais en anglais et je ne trouvais pas de sens à chanter en anglais. Je chantais mal en anglais. Et en fait, je me suis dit j’ai envie de créer un projet musical avec des inspirations musicales d’Outre-Manche, mais qui soit en français, d’assumer cette langue là que je trouve magnifique. Ce n’était pas tellement une envie de toucher plus de monde, mais une envie d’être plus honnête avec moi même et d’être compris aussi par les gens qui peuvent m’écouter. 

    Différence c’est ton projet, tu es entouré par d’autres personnes, des musiciens, mais c’est toi qui fait un peu tout, c’est ça ?

    Ouais exactement. J’ai vécu dans l’envie de créer mon groupe de rock quand j’étais plus jeune. Il se trouve que mon destin a fait que ça ne s’est pas passé tout à fait comme ça. Différence quand ça a été créé en 2023 on était 5 à la base. Et puis la vie fait que les chemins se séparent, tout le monde a des envies différentes et donc à un moment, la question se posait soit d’arrêter, soit de reprendre le projet, mais plus en mon nom. Pourtant, j’avais envie de garder cet étendard de Différence qui représentait exactement ce que je voulais défendre. Malgré tout, je suis évidemment entourée. Sur scène notamment, on est à 3 et c’est une formule qui marche très bien. Il y a évidemment aussi une équipe qui m’accompagne en coulisses. Donc principalement, c’est moi qui représente ce projet là, qui compose ce qui est écrit, qui chante. Mais voilà, c’est toute une nébuleuse derrière quoi. 

    C’est quoi ton processus de création ? Tu pars de quoi pour écrire tes chansons, est-ce que tu pars d’une mélodie ou plutôt des textes, de ton expérience… ?

    C’est très varié. Je dois avouer qu’initialement je ne suis pas du tout ni poète ni écrivain, donc ça peut partir de paroles. Ce qui a été le cas pour “Tête Bizarre”, c’était une sorte de slogan. J’aime bien avoir ce mantra là, c’est-à-dire que mes chansons sont souvent tournées autour d’une phrase ou deux qui sont accrocheuses, ou en tout cas que je considère comme telles, et je construis autour. Donc, pour Tête Bizarre, c’est parti de paroles. Pour d’autres, ça peut partir de séances de composition et donc ça va être aléatoire. Ça peut être une guitare, une batterie ou toute autre chose.

    © Léo Geoffrion

    « Je veux défendre le projet principalement par le live et avec un groupe. Mais ça me plaît aussi beaucoup de passer derrière des platines et de continuer la soirée en DJ set. »


    Ton projet a évolué depuis sa création, est-ce que ta manière d’écrire et de composer ont aussi évolué ?

    Oui, vachement. Au tout début, on était plusieurs à s’inscrire dans le processus de composition et d’écriture. Ce processus je l’ai resserré et donc maintenant, c’est principalement moi, même si je suis toujours ouvert aux collaborations. On était dans un style peut-être un peu plus sombre, un peu un peu plus introspectif. La référence que j’aime bien avoir, c’est que avant ma référence visuelle comme musicale, c’était Joy Division qui était un groupe de post-punk des années 70-80 et je me suis éloigné de ce style là, même si ça reste une référence pour aller vers un style un peu plus dansant, plus électro aussi, comme New Order l’a fait après la disparition de Ian Curtis, de Joy Division. Donc pour moi, c’était un peu une charnière qui m’a guidé dans la redéfinition du style musical de Différence. 

    J’ai vu que tu mixais aussi ?

    Ouais tout à fait. C’est parti d’un constat : j’aime beaucoup sortir en soirée, mais il y avait peu de soirées qui passaient des styles de musique que j’écoute vraiment, qui me font danser. Donc initialement je me suis dit que j’allais apprendre à mixer pour mixer des musiques qui me plaisent. Et il se trouve que dans la concordance de la musique de Différence, je me suis dit “là, je travaille un style qui pourrait vachement marcher aussi en DJ set”. C’était une envie d’ailleurs sur les deux premiers singles, d’avoir des des sons qui puissent inspirer des remix ou qui puissent être passés en club tels quels. Et donc de plus en plus je m’y suis mis et effectivement c’est un projet qui sera certainement à multifacettes. Je veux défendre le projet principalement par le live et avec un groupe comme c’est le cas. Mais ça me plaît aussi beaucoup de passer derrière des platines et de continuer la soirée en DJ set.

     Dans ton live, tu intègres des parties mixées ? Par exemple demain [Supersonic – Festival Restons Sérieux] à quoi on peut s’attendre ?

    Je vous invite à venir pour le voir ! Mais effectivement, il y aura un petit peu de tout. On a créé un set en crescendo pour justement faire monter la pression et essayer de finir en faisant danser le public.

    Dans le clip de “Tête Bizarre”, tu as ce personnage qui se fait prendre dans l’énergie du groupe. Pour toi c’est un peu ça le live, c’est un endroit de lâcher prise?

    Ouais carrément. Moi je suis très adepte du live. C’est un endroit et un concept que j’adore. Je vais tout le temps en concert, c’est vraiment une des activités que je fais le plus. Donc au moment de penser ce clip, je me suis dit que j’avais envie d’emmener les gens dans cet univers là. Un univers dans lequel je me sens bien aussi, parce que je pense que Différence, c’est un projet qui avant tout se vit en live. Donc je me suis dit voilà, on va montrer l’univers idéal pour écouter Différence !


    « Il y a des choses à changer dans l’industrie musicale française et même mondiale en 2026 à mon sens. »


    Tes 2 derniers titres tu as choisi de ne pas les sortir sur les plateformes. C’est un pari qui peut te faire perdre en visibilité, pourquoi c’est important pour toi de le faire quand même ?

    Alors c’est un sujet assez vaste, mais effectivement, c’est un combat et un sujet qui me tient à cœur parmi tant d’autres. Au-delà de ce projet, je travaille dans l’industrie musicale en tant que producteur et ingénieur du son. Donc j’ai eu l’occasion de rencontrer pas mal d’artistes et de voir ce constat là que beaucoup d’artistes se sentent invisibilisés par les plateformes. Que malgré leurs bons chiffres sur les plateformes ou sur les réseaux, il y avait peut être personne à leur live et inversement. Donc c’est quelque chose qui, à mon sens, devient très frustrant à vivre pour un artiste émergent notamment. Et il y a le sujet de l’IA qui s’inspire très largement d’artistes confirmés sans leur consentement, c’est aussi un problème. C’est un sujet important pour moi. Je ne compte pas sur mon projet pour gagner ma vie, en tout cas pas pour le moment. J’espère bientôt. Donc je voulais aussi tirer la sonnette d’alarme : il y a des choses à changer dans l’industrie musicale française et même mondiale en 2026 à mon sens. Et cette hégémonie des plateformes de streaming, c’est un souci pour moi pour plein de sujets, que ce soit financier ou politique. Donc je voulais prendre ce risque qui certainement me fait perdre à priori en visibilité, mais à mon sens pas tellement parce que je suis plus proche de mon public depuis que je suis sorti des plateformes. J’ai l’impression que les gens qui m’écoutent le font consciemment et volontairement et ont d’autant plus envie de nous voir en live.

    Tu vois comment la suite de ce projet maintenant?

    On vient de sortir un rework/remix des 2 premiers singles que j’imaginais vraiment comme 2 faces d’une même pièce. Et ce rework permet à la fois de m’ancrer dans une scène plus électronique en plus de ce style new wave/post-punk qu’on a déjà, et on prépare de nouvelles sorties, donc il va y avoir des sorties dès la rentrée jusqu’à la fin de l’année et des concerts. L’idéal pour nous, c’est vraiment de se développer en live pour pour faire entendre notre voix et notre différence.

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