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    Avee Mana

    Interview

    Avee Mana

    Rock néo-psyché marseillais

    Le 10 février dernier sortait « Layers », le 1er album d’Avee Mana, quatuor rock marseillais. Impossible à ranger dans une case, Rémi, Sylvain, Julien et Franck puisent autant dans le rock des années 70 que dans le psyché de Tame Impala ! Et leur nouvel album illustre bien ces nombreuses influences, qu’ils ont su mélanger et harmoniser dans 10 titres aussi électriques qu’hypnotisants. On a pu les rencontrer le 26 mars à l’occasion de la release party parisienne de Layers au Hasard Ludique. Une soirée qu’ils ont partagé avec La Flemme et Tessina, 2 autres artistes de la scène marseillaise.

    Portrait du groupe Avee Mana, les 4 membres sur fond bleu
    © Lenaïc Lannoy

    Ce soir c’est la release party de votre album « Layers ». Comment est né cet album ? Est-ce que ça partait plus d’expérimentations, ou il y avait déjà un chemin clair, une vision ?

    Rémi — Il y a eu un peu les deux. Je pense qu’on a tous ramené des compositions chacun. On avait un peu tous des pistes. Il y a des morceaux qui se sont complètement transformés en les jouant ensemble, et moi j’avais déjà des morceaux en stock aussi. On a mélangé un petit peu tout ça. On a fait beaucoup d’arrangements ensemble.

    Sylvain — Sur cet album, il y avait beaucoup un élan de Rémi, qui a beaucoup écrit, qui a été beaucoup inspiré, qui avait une vision un peu plus franche que nous 4, et du coup ça nous a fait un sillon où après on a pu aussi ramener un peu tous des choses qui traduisent ce qu’on est à 4. Ca a apporté de la contrainte aussi, dans le sens où on avait un peu envie de faire des formats plus stricts de chansons, des choses plus construites : intro – couplet – refrain, couplet – refrain, pont – fin. Faire des choses un petit peu plus cadrées…

    Rémi — Plus concises.

    Sylvain — Concises, tout à fait. Et donc ça a donné un peu la colonne vertébrale de « Layers ».

    Pourquoi justement cette volonté de faire quelque chose de plus cadré, plus classique « Couplet-refrain » ?

    Julien — Moi je ne suis pas trop d’accord avec ce truc là. En fait, on avait pas mal de chansons, on devait en avoir entre 20 et 30 je pense. Après, le plus dur, ça a été effectivement de construire quelque chose à partir de toute cette matière-là. Et à la fois, comme c’est un album, je pense que c’était important aussi qu’on s’autorise plus de choses stylistiques, qu’on fasse des choses un peu plus acoustiques ou avec du synthé. C’est pour ça que maintenant il y en a sur scène, qu’il n’y en avait pas jusqu’à présent. Et c’était s’autoriser aussi un éventail plus large de styles et de dynamiques pour cet album là.

    Sylvain — De produire un peu plus aussi la musique, plus de production, plus d’ajout de choses, mais qu’on peut jouer en live. Donc autotune, synthé principalement.

    Vos musiques, vous les pensez pour être jouées en live aussi ?

    Rémi — Ouais, complètement, parce que faut qu’on joue sur scène, c’est là que la musique s’exprime aussi avant tout. Donc ça peut être bien des fois d’avoir des projets studio et de développer des choses. Il y a des morceaux qui sont très fournis, mais même si c’est plus épuré sur scène, les chansons, on fait en sorte qu’elles fonctionnent quand même [en live].


    « Sur scène, c’est là que la musique s’exprime aussi avant tout. »


    Membre d'Avee Mana à la guitare, en pleine lumière sur scène
    © Violette Fauchon

    Vous commencez par quoi quand vous écrivez vos titres ? C’est plutôt une mélodie, une ambiance, des textes… ?

    Rémi — Moi c’est souvent une mélodie. C’est souvent une progression d’accords de guitare ou un rythme, et après une mélodie, pas forcément avec les paroles tout de suite. Après des fois c’est juste des mots en fonction des sonorités qui viennent, et ça donne un peu le mood du morceau. Et après je tire le fil à partir de ça.

    Sylvain — Moi c’est YouTube, je vais chercher des accords de guitare parce que je ne sais pas faire de la guitare (rires). Donc je mets une heure à faire un accord, une deuxième heure pour un deuxième, etc… jusqu’au quatrième. Et après je bâtis, et c’est un peu comme Rémi. Moi je fais de la production à côté dans des projets persos, du coup je le bâtis aussi un peu comme ça et un peu comme Rémy aussi. C’est surtout la musique qui va chercher les mots, les appuis, le flow et après de là, déjà il peut sortir des phrases et après l’émotion et après le déroulé.

    Rémi — Après ça arrive qu’on se dise on a envie d’écrire une chanson là dessus et on fait quoi ! Enfin moi je sais que ça peut fonctionner comme ça de me dire « j’ai envie d’écrire sur ce sujet » et après sur tel morceau « tiens, il se trouve que ce texte marche bien avec cette musique » alors qu’il a été pensé pour un autre morceau à la base. C’est un peu les surprises aussi au cours de la création de l’album, de voir comment le puzzle s’agence et de se dire « tiens, telle phrase en fait, qui était vraiment le point de départ de tel morceau, sonne trop bien avec cette rythmique là » et du coup tout se mélange un petit peu.

    Julien — J’ai une idée en tête, j’attrape la guitare, je prends le micro de l’iPhone et j’enregistre une mélodie et un peu de guitare.

    Rémi — On fait tous beaucoup ça. C’est pour ça qu’il y a un petit bout de maquette enregistrée au téléphone sur le disque à la fin d’un morceau. C’est un clin d’œil à cette manière de procéder qu’on a tous. On s’envoie des vocaux, on s’envoie des mails, on bosse comme ça.

    Julien — Je trouvais ça intéressant aussi que l’album soit assez produit, mixé, avec plein de choses, etc. Et du coup, je me suis dit, on avait un morceau qu’on aimait beaucoup, mais c’est que guitare acoustique – voix et on avait très envie de l’intégrer. Mais en fait, effectivement, le plus dur dans cet album, ça a été d’agencer toute cette matière pour avoir quelque chose de cohérent. Et je me suis dit que ça pourrait être cool, après tous ces sons produits, d’inviter les gens à écouter quelque chose de beaucoup plus, là, dans la pièce, comme s’ils étaient là. Donc j’ai dit « Bah, attrape ton téléphone, tu joues l’accord, tu l’enregistre comme ça ». Du coup, il y a la dernière chanson de l’album qui est très acoustique.

    Sylvain — Ca rajoute un côté narratif aussi dans les morceaux. C’est un truc qu’on aime bien. T’es dans l’album, et d’un coup paf, ça te sort un peu du truc, ça fait un peu extra diégétique comme ils disent dans le cinéma. C’est plus spatialisé dans la pièce, ça crée une narration. Mais après, de toute façon, une fois qu’on a des maquettes qu’on fait, on se retrouve à 4 autour et on travaille à 4 pour les produire, pour les arranger.

    Il y a plein de sonorités dans cet album, vous avez eu des influences, des artistes qui vous ont particulièrement influencé pour ça ?

    Sylvain — Qui commence ? La liste est longue.

    Rémi — Je pense que c’est une bonne synthèse de plein de trucs qu’on écoute depuis des années, et on écoute tous des choses hyper différentes. Je pense qu’il y a une synthèse assez cool d’un côté psyché, un peu néo-psyché, le groupe on l’a créé autour de d’influences comme Tame Impala, le premier album, ou Boogarins… Puis des groupes français comme Biche ou Fontanarosa. Du coup ça dévie un peu, ça va vers des trucs qui sont plus indie-pop et peut être moins psyché. Et l’album il fait une bonne synthèse de ces univers là je trouve. En gros, c’est ça qui est intéressant, c’est ce point de rencontre entre la pop, le psyché, le rock, le stoner même des fois…

    Julien — Le trip-hop aussi.

    Rémi — Ouais le trip-hop, avec des batteries un peu bouclées, enfin un traitement un peu électronique des batteries, de la guitare acoustique parce qu’on aime Nick Drake et Elliott Smith, et de l’auto-tune parce que… parce que c’est bien, c’est satisfaisant (rires). Donc les influences sont hyper larges.

    Sylvain — Pour le côté format des chansons, les Beatles c’est un truc qu’il y a un peu chez tout le monde. Tame Impala faisait ça aussi. Pour l’auto-tune moi c’est un peu Black Moth Super Rainbow que j’aimais bien, qui est plus indie, plus niche et où justement ils se permettent de mettre du vocodeur, mettre de l’auto-tune. Tout de suite, ça crée une dimension beaucoup plus produite et plus stellaire.

    Franck — Aussi le rock et le stoner, une bonne partie quoi. Moi par exemple Idles, le dernier album, il m’a pas mal inspiré.

    Sylvain — En fait, à chaque fois qu’on découvre un peu des artistes, on se les fait tourner comme des des nerds, des passionnés. On fait « ah ouais, t’as vu ça ? ». Moi j’assume complet d’être inspiré tout de suite par quelqu’un et je vais essayer de faire comme lui à ma manière. Donc tu passes un peu par le conduit de l’évier pour arriver à un truc, parce que tu sais pas vraiment comment les gens font les choses, mais je crois que c’est le truc le plus inspirant pour moi en fait.

    Donc il y a plein d’influences autant modernes que anciennes !

    Rémi — Ouais, entre tradition et modernité !

    Pourquoi le nom « Layers » pour l’album ? Est-ce que c’est les couches de sons du coup ?

    Rémi — Il y avait un petit peu ça en tête. En fait, le mot apparaît dans un morceau qui s’appelle Basic Needs sur l’album, et qu’on a failli pas garder parce qu’il y avait une période où le morceau résonnait plus trop avec le reste de l’album, donc on a failli l’enlever. Et ouais, « Layers » il y avait un peu cette idée de différentes strates qui peuvent composer une personnalité, de différents niveaux de lecture des choses, d’un même mot, par exemple, qui peut se comprendre de différentes manières. Et oui, les couches de guitare, des fois qu’on accumule sur un même morceau jusqu’à ce que ce soit trop et qu’elles se masquent les unes les autres et qu’on dise « bon là il faut tout enlever et revenir à un truc plus épuré ». Donc ouais, il y a un peu cette idée du lien entre ce qu’on fait nous, notre travail à nous, et puis notre travail psychologique ou émotionnel.


    « Layers, il y avait un peu cette idée de différentes strates qui peuvent composer une personnalité, de différents niveaux de lecture des choses, d’un même mot. »


    Et au niveau émotionnel du coup, au niveau des paroles, vous avez voulu retranscrire quelque chose en particulier ? J’ai vu qu’il y avait des morceaux qui parlaient d’une fatigue mentale, de la société ?

    Rémi — Ouais, je pense que c’est des trucs qu’on ressent tous un petit peu. Aujourd’hui, on est saturé d’informations, de conneries, on scrolle à l’infini et on a des pubs pour des conneries entre deux reels sur Gaza. Donc la dissonance cognitive, elle est hyper hard. Et notre attention, elle est complètement déplacée sur des mauvaises choses ou des choses peu importantes. Et du coup l’album parle un petit peu de ça à certains moments. De surcharge cognitive, de difficulté à traiter des informations qui sont pourtant simples, de complications émotionnelles ou relationnelles, de choses comme ça… Et puis de comment le monde moderne lisse un peu les choses et il y a tout qui se retrouve au même niveau, toutes les relations humaines, toutes les relations de travail, tout est lissé. C’est peut-être pas très clair, c’est pour ça qu’on a imprimé les paroles dans le vinyle (rires).

    Sylvain — Même la réalité aussi, au milieu de ça, qu’est-ce qu’on fait ? Elle est où ? Moi j’aime bien ce truc de Layers aussi en tant que toutes les couches de choses qu’on entasse un peu psychédéliques, pas du tout dans la réalité. On a l’impression d’être dans la réalité de choses qu’on nous met sous le nez, qui ne l’est pas vraiment. Et en fait, il y a aussi cette perte avec soi-même de repères. Au milieu de ça, où tu trouves le truc vrai, la réalité des choses, parce qu’on essaie de grimer un maximum de trucs. Moi j’aime bien ce truc de Layers où tu fouilles au milieu de couches de trucs. Mais c’est vrai que c’est Rémi qui a beaucoup par la voix, par la parole, mis des mots sur des choses et donné des émotions plus claires, écrites, je trouve.

    Rémi — Puis ça sonnait bien et graphiquement c’était cool aussi.

    Qu’est-ce que vous voudriez que les gens ressortent de l’écoute de cet album ? Qu’ils se plongent dans tout l’album et ils oublient un peu justement tout ça ?

    Rémi — Les habitudes d’écoute de la musique ont changé, c’est cool aussi. Les morceaux peuvent marcher individuellement, peut être dans une playlist au milieu de plein d’autres choses, parce que c’est comme ça qu’on écoute de la musique. Même nous, quand on est en tournée, on n’écoute pas forcément toujours les albums en entier, on écoute plein de morceaux comme ça. Donc chaque morceau est une sorte de mini moment. Mais après globalement, il y a un petit déroulé. C’est pas un album concept non plus, mais il y a un petit fil rouge d’humeur entre les chansons. On a essayé de construire ça de manière assez logique. On est peut être pas dans le gros voyage psyché de fou des années 70, mais on aime bien le format album aussi, donc on a voulu qu’il y ait un déroulé et une cohérence dans tout ça.


    « C’est pas un album concept non plus, mais il y a un petit fil rouge d’humeur entre les chansons. »


    Et du coup maintenant, vous sortez d’une grosse production, vous allez tourner un peu en festival, aller défendre l’album sur scène ?

    Rémi — Ouais, déjà ce soir, au Hasard Ludique avec nos potes La Flamme et Tessina, de Marseille. On est super fiers déjà de ce plateau, d’être entre entre artistes marseillais, sans aucune rivalité footballistique, mais juste pour représenter cette cette scène marseillaise qui est hyper riche. Et puis ouais, on a quelques jolies dates aussi, on va jouer au festival Content Content à Valence. On joue cet été aussi, on rejoue à Marseille en juin. Enfin voilà, il y a plein de jolies dates qui arrivent donc c’est cool.


    Leur album Layers est disponible dès maintenant et on ne peut que vous conseiller de foncer vous évader sur le son néo-psyché d’Avee Mana !

    Pochette de l'album Layers d'Avee Mana
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