Interview
Wheobe
Voyage au fil de l’eau
« A Strained Ocean », c’est la petite pépite hypnotisante née de l’improvisation et du travail d’Iva (guitariste), Swann (chanteur), Matthieu (batteur) et Matthias (bassiste). Le groupe de rock progressif Wheobe, formé en 2022 par 4 meilleurs potes, sort dans quelque jour son premier album qu’il présentera sur la scène de La Boule Noire le 1er avril !

Demain, c’est la release party de votre premier album A Strained Ocean. Comment est né cet album ? Est-ce que vous êtes partis d’expérimentations ? Vous aviez une vraie direction dès le départ ?
Swann — Ça s’est fait un peu sur le tas. On avait quelques morceaux qui commençaient à être composés et on a très vite discuté du propos qu’on voulait avoir pour le projet, de quelle direction on voulait l’amener. Et aussi personnellement de ce qu’on voulait dire dans nos musiques, ce qu’on voulait extérioriser. Donc ça s’est construit avec une idée derrière et sur un concept, sur une narration qu’on avait envie de mettre en place.
Pourquoi ce nom pour votre album ? Vous avez pensé à une figure métaphorique de l’océan ?
Iva — Exactement. C’est une figure métaphorique de l’océan. Prochaine question ? (rires) Oui, il y a tout un fil rouge ou une ligne bleue à propos de l’eau de l’océan, du fait qu’on est qu’une seule petite goutte d’eau dans une énorme flaque. C’est marrant parce que c’est un nom d’album qui nous est venu à la fin de l’écriture de l’album. C’est aussi le nom du dernier morceau et c’est le dernier qu’on a composé. Et en fait, quand on a trouvé le nom du morceau « A Strained Ocean », d’un coup, on a trouvé toute la structuration de l’album et toute la fin. En fait, c’était la clé qui nous manquait pour avoir toute cette cohérence là.
« Il y a tout un fil rouge ou une ligne bleue à propos de l’eau de l’océan, du fait qu’on est qu’une seule petite goutte d’eau dans une énorme flaque. »
Pour vous, « A Strained Ocean », c’est un peu la sensation que donnait l’album à l’écoute des mélodies, de l’ambiance ?
Swann — C’est ça. Ça nous a parlé dans ce qu’on composait depuis un moment. On savait que de toute façon, la thématique de l’eau allait être importante dans que ce soit dans le nom et dans le projet. Et « A Strained Ocean », ce côté de l’océan contraint, restreint, tendu, c’était quelque chose qui imageait beaucoup tout le rapport de tension qu’il y a dans cet album, et en même temps ce côté hyper vaste et hyper hyper large qu’on a voulu transmettre. Donc dès que dès que c’est venu, ça a sonné comme une évidence, et tout a découlé de là.
Est-ce qu’il y a des artistes qui vous ont particulièrement inspirés dans la conception de l’album ?
Matthieu — Au delà de juste cet album, musicalement, on est tous construits très différemment, mais on trouve quand même une concordance autour de Radiohead, du rock des années 70-80. Il y a du rock plus ancien et du rock plus jeune. Il y a aussi par exemple Black Midi qui n’existe plus mais qui a été une forte inspiration. Et au delà de ça, on mélange vraiment beaucoup de choses. Mais le noyau reste ça.
Quand vous écrivez par exemple un titre ou composez, vous partez d’une mélodie, d’une ambiance, d’un texte ?
Swann — Ça dépend beaucoup, mais ça part beaucoup aussi d’improvisations. À chaque fois qu’on se retrouve pour répéter, on se met à improviser sur à peu près tout et n’importe quoi. Et de là sont nés la plupart des morceaux de cet album. Il y en a un ou deux où quelqu’un a ramené une idée de thème, mais toute la composition se fait d’expérimentation à 4 et de recherche à 4 pour construire les morceaux et les structures. Ce qui donne à la fois ce côté hyper sinueux et chaotique à nos compos qu’on aime bien, et puis qui en même temps permet à tout le monde de s’exprimer dans la composition et de vraiment avoir la patte de chacun dans les titres.
Iva — Après ces moments d’improvisation, on enregistre tout et on réécoute tout. On bosse les choses sur lesquelles on a envie de bosser, mais surtout on passe un long moment à travailler les choses pour que chaque morceau convienne à 100% à tout le monde. Dès qu’il y a un truc qui ne va pas pour quelqu’un, on le dit, on ose le dire et on teste 1001 choses. Et en fait, on passe de morceaux où y en a qu’un seul qui trouve qu’il est super bien, à des morceaux où les 4, on est d’accord sur tout et on trouve des points de retrouvailles. Et c’est pour ça qu’ils sont vraiment imprégnés de nos 4 influences différentes en tant que personnes et qu’ils fonctionnent pour nous.
Il y a une bonne communication.
Iva — Ouais, c’est ça.

Comment vous avez réussi à mêler toutes ces ambiances et ces styles pour créer un son immersif et qui vous est personnel ?
Swann — Déjà merci si tu penses tout ça du style ! Et ça a été un long processus, et c’est encore un long processus qui ne sera jamais vraiment fini. C’est quelque chose qui est en mouvement constant. Au début, effectivement, c’était un peu dur de se trouver. On venait les 4 d’horizons différents, on composait les 4 de manière différente et il a fallu trouver un langage commun dans le son, dans l’approche de la composition. Mais assez vite, et surtout sur cet album, on a commencé à se dire « Ok y a une direction, il y a quelque chose qui nous parle et qui va quelque part où ça nous touche tous les 4 ». Les premiers morceaux qui sont nés de ça, c’est Fang et Sore. Donc c’est un processus qui s’est fait sur le long terme. Ça fait longtemps qu’on se connaît, qu’on joue ensemble et on a développé ça petit à petit.
Qu’est-ce que vous voulez que l’auditeur ressente en écoutant cet album ? Une bulle dans laquelle vous voulez le faire plonger ?
Iva — Moi je dirais de la curiosité. Que ça le motive à aller au bout de l’album en tout cas. Qu’il se dise « Tiens, il se passe quelque chose, c’est quoi le morceau d’après ? ». Pas forcément de la joie, mais un truc de curiosité je dirais.
Matthieu — Moi, quand j’écoute l’album, la sensation que je veux que les gens retrouvent, c’est une genre de contemplation de tout ce qui se passe autour d’eux. Soit que ça les touche intérieurement et qu’ils se rendent compte de choses au fond d’eux, ou alors de leur environnement extérieur. Moi ça m’arrive. Dans certains morceaux de l’album qui sont extrêmement lents, extrêmement contemplatifs, je marche dans la rue et je vois le monde avec une autre réflexion que celle que j’ai d’habitude, où je fonce, où j’ai des trucs à faire. Là, vraiment, j’ai l’impression de prendre le temps de scanner tout ce qu’il y a autour de moi et de me rendre compte d’une autre façon de voir la vie.
Swann — Il y a un côté un peu méditatif en fait. Il y a un truc d’accompagnement à ça, en tout cas dans certains passages de l’album.
« Quand j’écoute l’album, la sensation que je veux que les gens retrouvent, c’est une genre de contemplation de tout ce qui se passe autour d’eux. »
Ça représente quoi pour vous de sortir enfin un album ?
Iva — Un énorme soulagement ! Ça fait des années que cet album est en préparation, littéralement. On l’a enregistré il y a 2 ans et on a mis beaucoup de temps à faire toutes les étapes d’après, que ce soit autant le mixage que la communication, que ce qui allait l’accompagner visuellement, etc. On a eu plusieurs dates de sortie en tête où à chaque fois on les repoussait pour faire ça mieux, pour être plus accompagné, pour avoir plus de monde dans la team. Ça va être quand même un soulagement de pouvoir enfin dévoiler les versions studio, les versions « officielles » de chansons où ça fait 4 ans qu’on les joue sur scène. On les sors enfin et nous, on va être soulagés de ça, c’est une bonne étape, c’est un beau premier pilier on va dire.
On a vu un peu l’univers visuel qui est un couple qui accompagne votre album, qui est magnifique ! Notamment les clips et les pochettes de l’album, des singles… Est-ce que ces visuels là ils sont pensés avant ou vous les créez en même temps ? Comment ça se passe la direction artistique que vous prenez ?
Swann — Alors c’est très intéressant comme question parce que comme disait Iva l’album a été enregistré il y a 2 ans, et à cette période-là, on rencontrait Nele (@neleveilhangoemans), qui est à l’origine de la cover et de beaucoup de l’univers visuel autour de ce projet. Et du coup, assez vite, on a commencé à travailler avec elle. Déjà sur l’EP « Collapse Relapse » qui est sorti l’an dernier, où c’était elle qui faisait tous les visuels. Et puis ensuite du coup sur « A Strained Ocean » où ça nous paraissait logique dans la continuité puisque l’EP de l’an dernier était aussi une manière de préparer l’album qui arrive dans 3 jours. Et ça s’est fait en parallèle des clips aussi, où les tableaux qu’elle a réalisés apparaissent. Donc c’est quelque chose qu’on a voulu penser dans son ensemble, c’est pas quelque chose qu’on a fait de manière un peu aléatoire, ponctuelle comme ça.

Cet album, l’idée c’est de le vivre aussi sur scène et essayer de tourner un peu partout. Ça vous représente ? Ça représente quoi pour vous aussi de le jouer sur scène ?
Swann — Y a un peu un côté de libération encore une fois. Il y a beaucoup de morceaux qu’on a hâte de jouer sur scène depuis longtemps. Le morceau éponyme qui est sorti il y a quelques semaines, qui dure 9 minutes…

Vous allez jouer les 9 minutes sur scène ?
Swann — On va jouer les 9 minutes sur scène, bien sûr ! On a deux morceaux de 9 minutes qu’on va bien sûr jouer sur scène et qu’on attend depuis longtemps de pouvoir jouer sur scène. Donc c’est énorme, on a trop hâte ! Et au-delà de ça, cette musique on la compose en ayant la scène en tête, on la compose dans l’idée de la vivre avec des gens et on va enfin avoir l’occasion de la vivre avec des gens. Donc c’est ce qu’on attend le plus de cette année. Les concerts qui arrivent sont trop chouettes. Ça fait 5 ans maintenant qu’on travaille avec Éloïse qui est notre manageuse, bookeuse, reine de ce projet et qui nous a trouvé des concerts géniaux sur toute la tournée de printemps. Donc on a hâte de mettre le pied sur chacune de ces scènes et de jouer ces morceaux.
« Cette musique on la compose en ayant la scène en tête, on la compose dans l’idée de la vivre avec des gens. »
Si quelqu’un découvre votre groupe, vous lui conseillez quel morceau en premier ?
Iva — Si la personne a envie de chiller un max, si la personne est calme, tranquille, il faut qu’elle écoute « Laská ». Petite ballade très enveloppante, très mignonne. C’est sorti en single ! Morceau très beau, je le conseille.
Swann — Si quelqu’un découvre Wheobe, je pense qu’une porte d’entrée c’est aussi « Counterclockwise », le premier morceau de notre EP de l’an dernier. Beaucoup de gens sont rentrés dans le projet par là, et j’ai l’impression que c’est c’est un morceau qui est à la fois assez simple à prendre et en même temps qui dépeint pas mal de choses, que ce soit les rythmiques un peu étonnantes que Matthieu peut sortir, le côté mélodique ou les passages un peu plus crus, un peu plus denses en termes d’intensité. Donc j’ai l’impression que c’est une porte d’entrée chouette, même si ce n’est pas dans l’album. Mais du coup, écoutez l’EP et ensuite écoutez l’album !
Matthieu — Je suis complètement d’accord avec ce qu’il a dit, mais je vais quand même dire un autre morceau ! (rires) Pour moi, il y a un aussi comme ce qu’il a dit de plusieurs ambiances qui s’entremêlent dans « Me and the Tide », qui est justement un des morceaux de 9 minutes 30 dans l’album. On a à cœur nous 4 de faire des grands morceaux et d’écouter les grands morceaux des groupes qui font des morceaux très longs dans l’évolution. On kiffe et du coup c’est bien un truc qu’on a envie de faire je pense aussi par la suite.
Vous dites qu’il y a pas mal d’impros quand vous enregistrez, est-ce que dans le live il y a aussi une part d’impro ou c’est plus construit ?
Swann — Alors étonnamment assez peu en fait. Tous ces morceaux ils naissent de l’improvisation, mais ils deviennent très vite très arrangés. Il y a beaucoup de points de retrouvailles, de moments où il faut vraiment qu’on soit calés pour que pour que la sauce prenne et que le morceau fonctionne en lui-même. Donc l’impro c’est une chose qu’on garde à la composition, mais qui néanmoins nous sort des fois de certaines de certaines galères.
Iva — De basses qui marchent pas par exemple ?
Swann — C’est ça, je pense à un concert qu’on a fait à l’automne dernier à Bourgoin-Jallieu, où on a eu une panne à la basse. Et du coup nous 3 [Swann, Iva et Matthieu], on a commencé à improviser sur scène, le temps qu’il résolve ce problème. Et au final, nous ça nous a plu, et les gens étaient heureux d’avoir une entrée dans un morceau qui n’était pas commune, qui n’existait pas à la base. Donc ça peut quand même surgir à des moments où on en a besoin. Mais non, à priori, le live est carré et est fait pour fonctionner.
Matthieu — Moi l’improvisation je vois ça vraiment sur 2 plans. Il y a l’improvisation musicale où on improvise pas les parties, on a une certaine durée et certaines boucles à respecter pour, comme tu dis, des rendez vous. Mais personnellement, dans mon jeu de batterie, chaque coup n’est pas calé. Dans une certaine partie, je peux faire ce que je veux tant que je respecte l’ambiance, le sentiment, la sensation que je dois apporter. Je vais pas avoir un nombre de coups spécifique, je vais être libre de mon discours au sein d’une partie.
